Espace et territoire
40 ans après la création de l ’Etat d ’Israël, le Congrès National Palestinien réuni à Alger reconnaît les résolutions 242 et 338 de l’O.N.U. en appelant sur ces bases la tenue d’une Conférence Internationale ; dans le même communiqué, la Centrale Palestinienne déclare fonder l’Etat palestinien indépendant.
Pour aider à la compréhension de la dynamique d’une démarche qui a me> es Palestiniens du “Triple refus” à ce dernier sommet c Alger, l ’analyse du récent ouvrage d’Alain Dieckhoff portant sur la notion d’espace et de territoire, notion fondamentale du conflit, semble de circonstance.
DIECKHOFF (Alain). – Les Espaces d ’Israël. – Paris – Fondation pour les Etudes de Défense Nationale, 1987 – 215 p.
Selon l’auteur l’analyse de la situation interne des territoires occupés, tant d’un point de vue économique, politique que social ou culturel, a suscité une littérature abondante; mais il est surprenant de voir, d’après lui, que peu d’études aient été consacrées à une réflexion approfondie sur la stratégie territoriale qui s’exprimer à travers les implantations.
Il montre que cette stratégie territoriale a accompagné le peuple juif tout au long de son existence “autant sur sa terre que dans les pays de dispersion”, et constate donc sans étonnement que le “Sionisme moderne” a fait appel à cette stratégie pour reprendre possession de la Terre de Palestine.
La lutte pour cette terre convoitée a suscité beaucoup d’écrits de la part des acteurs eux-même, les Juifs insistant, selon lui, sur les mécanismes à la fois techniques et politiques par lesquels les terres ont été acquises par l’Organisation Sioniste, pour garantir l’indépendance au peuple juif, alors que les Arabes s’emploient à montrer la manière dont les Palestiniens ont été dépossédés de leur terre par une entreprise de colonisation. Cette stratégie touche véritablement le coeur du conflit dans la mesure où elle restera encore longtemps le principal foyer de la rivalité
entre Juifs d ’Israël et Arabes de Palestine. Alain Dieckhoff montre ensuite que, dans une société divisée, travaillée par un conflit intercommunautaire intense, la stratégie territoriale vient renforcer la séparation entre les communautés au lieu de développer une intégration. La croissance des deux segments arabe et juif en vase clos, étant accentuée par l’amoindrissement des contacts sociaux que ce soit sur le lieu de travail, d’habitation, l’école ou les espaces de loisir. Cette ségrégation spatiale ne se limite pas à maintenir l’intensité du conflit, elle l’active dans la mesure où elle est considérée par “le groupe dominé comme le signe visible de la suprématie politique du groupe rival” : être soumis à un ordre spatial déterminé signifie donc pour certains un accès inégal à l’éducation, aux centres de décision économique et politique.
La stratégie territoriale confine donc “le groupe dominé” dans une situation de sujétion, il ne peut, s’il veut se libérer, que se dresser contre elle. Pour l’auteur, ce refus ne s’exprimera que lorsque la distance entre les groupes sera telle qu’elle ouvrira la voie à la polarisation des relations ethniques. A long terme, cette stratégie territoriale pourra être l’agent d’une polarisation accentuée des rapports inter-ethniques mais aussi, et par voie de conséquence, la cible privilégiée du groupe dominé.
Les mutations internes que connaît la communauté palestinienne, d’ordre démographique ou politique mais aussi l’évaluation qu’elle a opérée dans la formulation de ses revendications politiques en écartant certaines figures politiques ou en nouant des contacts avec la gauche israélienne, sont, d’après lui, autant d’éléments favorables à une radicalisation.
Il conclut en disant que les précédents historiques n’incitent pas à l’optimisme, et qu’il semble que les conflits communautaires n’aient pas de solution, mais seulement des dénouements. Pas de solution parce que la situation est si complexe, les enjeux tellement disputés, les objectifs si contradictoires qu’il n’est pas possible de surmonter les difficultés en dégageant le plus petit dénominateur commun autour duquel les parties pourraient se rassembler.
Khadija MOHSEN
Bibliographie indicative
Parmi les ouvrages que le C.D.T.M, met à votre disposition vous trouverez des études récentes parmi lesquelles nous citerons :
– GRESH (Alain). – O.L.P., histoire et stratégie : vers l’Etat Palestinien. – Paris : SPAG/Papyrus, 1983.
– HERODOTE N° 29-30. – Géopolitiques au Proche Orient. – 2ème3ème trimestre 1983.
– BENJELLOUN-OLLIVIER (Nadia). – La Palestine, un enjeu, des stratégies, un destin. – Paris : Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1984.
– CHOURAQUI (André), – L’Etat d’Israël. – Paris : P.U.F., 1984.
– GRESH (Alain), VIDAL (Dominique). – Palestine 47, un partage avorté. – Paris : éd. Complexe, 1987.
– BARNAVI (Elie). – Une histoire moderne d ’Israël. – Paris : Flammarion, 1988.
– LES CAHIERS DE L’ORIENT N° 10. numéro Spécial Palestine, chronologie d ’un soulèvement. – 2è trimestre 1988.
– SHUUN ’AFiABIA. – Quatre décennies de lutte pour la libération (en arabe).
N° 55, septembre 1988, vol. 1
N° 56, décembre 1988, Vol. 2.
Pour citer cet article : “Espace et territoire”, Khadija MOHSEN, in Correspondances n°2, Centre de Documentation Tunisie-Maghreb, décembre 1988
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
IRMC (29 novembre 1988). Espace et territoire. Le carnet de l'IRMC. Consulté le 14 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/qi68

